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L’enfance, cette part si étrange de nous-mêmes qu’on voit, ou plutôt qu’on sent, comme une pelote de brume, filer avec le temps. Cet enfant qui est en nous, dit très justement Christian Boltanski, et qu’on attrape guère plus que par les souvenirs, avec lesquels, les siens et ceux des autres, il a inlassablement travaillés dans toute son oeuvre. Et ces enfants qu’on écoute et dont on mesure, derrière les mots et leur expérience, la vérité de qui nous sommes. Ils sont autant un miroir qui ravive ce qui, en nous, s’est perdu, qu’il nous délivre de nos excès, ou nous aident à mieux les considérer, si l’on ose, vers eux, se pencher, sans mièvrerie, sans condescendance ou surplus vaseux de bienveillance. En connaissent-ils moins que nous, par défaut d’expérience, ou sont-ils plus ancrés dans le réel, sans sur-jouer ce qu’ils croient savoir ? Il est difficile de ne pas s’y perdre. Celle qui a su porter par la peinture moderne, le regard le plus pointu, le plus posé, sur l’enfance, est à ...
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« Depuis la Grèce, la science est une sorte de dialogue entre le continu et le discontinu », selon Simone Weil, citée par Roberto Calasso dans son essai – l’innommable actuel - qui fourmille d’idées et de références, comme une sorte d’état des lieux, avant catastrophe. Je vais sûrement y revenir.  Tension, en effet, entre le continu et le discontinu, comme à ses plus belles heures. Comme si, d’un coup, on prenait tout, en pleine figure, nos sens étant plus aiguisés et notre pensée, plus avide de circonscrire ce qui semble plus qu’un soubresaut, une tempête à l’échelle planétaire. Nostalgie d’un temps passé qui n’est plus, qui était si proche dont on regrette les fantaisies, dont on déplore aussi cette propension à avoir enfanté tout ce qui nous entoure, pour le meilleur et surtout pour le pire. Le système, porté par l’information, la consommation et le sécularisme dirait Calasso, n’est pas achevé. Le nouveau monde qui nous attend n’est que peut-être que la pâle figure de ...